mercredi, 14 septembre 2011
Une autre partie (dix de retrouvées)
Julia a fini par quitter sa corpo-firme américaine dans l’objectif de faire ce qui lui plait dans une entreprise qu’elle aime : travailler pour une corpo-firme américaine d’audit qui fait la même chose en pire que ce qu’il lui a fallut trois années pour détester, mais payée mille euros de plus nets par mois. C’est ça, la corpo-attitude : ne jamais la quitter, la firme.
Car Julia aime la firme. Et la firme aussi, car elle sodomise Julia. Une question se pose : est-ce que sodomiser est aimer ?
Plus sérieusement, même si le quotidien de Julia n’est pas des plus idylliques (Réseaux RATP utilisés trois heures par jour, networking, intercontrat, missions, toussa), elle parvient à le supporter. Peut être grâce à Papy Brossard, peut être grâce aux milliers d’euros qu’elle gagne à la fin du mois. Et surtout grâce à tout le reste qu’elle garde pour elle-même.
Enfin, la dernière fois que j’ai eu des nouvelles de Julia, elle avait l’intention de quitter la Capitale pour la Province ! Puis, un jour, elle va se marier, avoir un enfant, un prêt immobilier. Ou pas. Elle va peut être mourir avant. Ou pas. Enfin, elle finira par mourir. C’est une des seules certitudes ici. Ah, non : elle ne sera pas une rock star. Elle est trop vieille maintenant. Et comme tout le monde, elle évolue. Et oh, bonne nouvelle : elle va mieux et se fait à l’idée d’être une adulte. Et puis, le monde ignore Julia, on s’en tape de ce qui peut lui arriver à cette grognasse. Julia est morte ! Konamav est morte !
Vive Marie-Laure !
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samedi, 12 février 2011
11022011
On s'habitue surement à tout. D'autres plus rapidement que d'autres. Est-ce une raison, bonne ou mauvaise, de persister dans une situation, plutôt que de changer ? Et puis, est-ce que le changement est forcément signe d'évolution positive ?
Julia a passé sa vie à vouloir changer. Changer d'appartement, de ville, de travail. Il serait facile de parler de fuite. Alors quoi ? De quoi s'agit-il réellement ? Cette éternelle insatisfaction, est-ce juste une peur, celle de s'ennuyer ? Celle de ne pas évoluer ? Car, oui ! Est-ce que faire le même travail, vivre dans la même ville, le même appartement, avoir ses habitudes, est-ce tout cela un signe de stagnation ? Ou alors peut-on devenir meilleur, plus sage, plus mûr en restant immobile ? Et cette question, cette question qui revient sans arrêt, comme une obsession : qu'est-ce qui fait une vie ? Est-ce vrai que l'Homme ne peut exister seul ? Je dis bien "EXISTER" (non pas vivre). Si "ego cogito, ergo sum" est une certitude non discutable, que sommes nous alors lors que nous n'existons pour personne d'autre que nous même ? Un animal ? Si j'ai conscience de mon existence mais que je n'existe pour personne, alors, que suis-je ?
Une certitude : Julia existe pour son employeur. Elle existe donc en tant que salariée. N'importe quel individu existe en tant que quelque chose : un mari, une petite amie, un SDF, un enfant, une ressource, un voisin, un ami. Mais vous, vous voulez exister en tant que quoi ? Il est certainement naturel pour n'importe quel être humain de vouloir être important, quelque soit la mesure : un président, une star, un PDG, un artiste, une bonne épouse, un père, une bonne âme généreuse, un emmerdeur.
N'importe qui veut être quelque chose, pour soi, pour un tiers, pour le monde, la société. Il y en a certains, comme Julia, qui veulent juste disparaître, mais qui sont certainement trop lâches pour s'en donner les moyens. A moins que la curiosité y soit pour quelque chose. Ca en vaut peut être la peine, d'y rester, dans ce monde. Ne reste plus qu'à en trouver quelques fondements de raisons.
Julia se heurte à sa maladresse avec le reste du monde. Elle se heurte à qui l'accuse d'être jalouse de sa vie sentimentale. Elle se heurte à qui la blame pour son trop franc parlé. Elle se heurte à elle-même, à sa culpabilité permanente d'avoir l'impression de mal faire, de mal dire. Comment leur dire simplement à tous ces gens qu'elle veut juste exister pour eux. Qu'elle veut juste être présente quand ça ne va pas, et surtout quand ça va. Car, les autres ont tendance à oublier ceux qui sont seuls quand le bonheur les atteint. Julia n'est pas jalouse, elle est, comme disait un certain PL, un petit animal blessé qui a simplement besoin d'un peu d'attention. Parce qu'elle a l'impression de n'exister pour personne. Quelle est la pire chose de ne pas exister pour ceux que l'on aime ?
Se rendent-ils compte à quel point ils la blessent quand ils ne répondent pas à ses propositions de boire un verre ? Non. Se rendent-ils comptent quand ils ne la solicitent que lorsque les choses se gâtent ? Non. Elle ne fait partie que du malheur des autres, et non de leur bonheur. Elle demande peut être trop. Elle se remet peut être trop en cause, elle s'excuse peut être trop. Toujours trop.
Elle se sent si coupable car c'est surement elle qui inspire cela. Il semble que l'amitié devient de moins en moins important avec l'âge. Il semble que ce qui compte, c'est de s'assurer de son avenir professionnel (donc financier : induisant un achat immobilier à venir, ou un remboursement du prêt étudiant, fardeau lourd à porter) et surtout, oui, surtout : ne pas être et/ou mourir seul. L'amitié a donc moins de valeur. Et Julia l'a désormais compris. Et après ces lignes, elle ne solicitera plus jamais ceux-la. Eux ont choisi de s'entourer différemment, elle en fera de même.
Les excuses ne servent surement à rien. Même si elle passe une bonne partie de son temps à vouloir se faire pardonner, cela n'efface pas les mots durs qu'elle a pu laisser échapper, même si cela n'est que par maladresse. Elle a juste compris qu'elle ne faisait plus partie de la vie de certaines personnes. C'est un triste constat, mais on ne peut forcer personne à changer, ni à aimer, ni à pardonner. Julia est donc une chieuse.
Que lui arrivera-t-il quand ce qui la fait sourire se lassera ? La vie est faite d'incertitudes, pourtant, on lui a prédit qu'elle ne finirait jamais sous les ponts du fait de son caractère... Est-ce que "Avancer" veut dire forcément se lester du passé ? A quoi bon nourrir des relations, des amitiés ? Au nom de quoi ? Pourquoi ? Une seule réponse : Exister pour autre que soi. Donc exister ?
Les autres veulent surement s'entourer de personnes "positives", qui ont la gagne, auréolées du bonheur et de la joie de vivre. Peut être que d'une certaine façon, elle préfererait inspirer la pitié plutôt que l'indifférencer. Who knows. Bien que Julia ait un bon nombre de défautS, on ne peut lui soustraire cette qualité du pardon. C'est surement parce qu'au fond, son éducation catholique y a laissé des traces.
Ces derniers mois, Julia a bien compris bon nombre de choses et saura s'affirmer ou se faire oublier. Elle aimerait juste clarifier les choses, car dire les choses permet de leur donner une existence, une réalité.
Et c'est donc, en toute logique que je cesse avec ces derniers mots, de raporter les confessions de Julia et avec elles, celles de votre hote, depuis 2005. Car, for fuck sake, qu'est-ce je suis chiante ! Mais qui ne l'est pas, sous prétexte d'être mieux que les autres...
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jeudi, 30 septembre 2010
Première partie
La peur de ne pas pouvoir vivre avec ce que cette âme retient et ne rejette jamais. La peur de parler et de se dévoiler, la peur que l’autre comprenne ses faiblesses, ses failles. La peur d’être soi pour peu que l’autre n’aime pas ce qu’il voit.
L’amour est une invention fantasque de l’Homme, tout comme l’est la religion. L’amour permet, tout comme la religion, de se dédouaner de responsabilités qu’il a envers lui-même et le monde dans lequel il vit. L’amour est un gadget socioculturel qui donne l’impression à l’Homme d’être différent d’un primate, d’une bête. Ce qui différencie l’Homme de l’animal, c’est que l’Homme peut être un monstre, un sadique ou un masochiste et conscient qu’il l’est, sous couvert de bonnes ou mauvaises raisons ou sans raison aucune. L’amour est une création humaine en ce sens qu’il est en opposition à cette cruauté naturelle constituant l’essence de l’Homme. La religion l’est également puisqu’elle créée un monde spirituel que la bête n’a pas. Nous n’entrerons pas dans ce débat.
Pour simplifier : l’amour n’est qu’une obsession qui finit toujours par se tasser dans le temps puis par disparaitre. Par amour, j’entends l’amour passionnel pour un être humain, autre que soi même, ou son enfant (ou ses parents). L’amour est complexe car il fait appel à des paramètres socioculturels : l’amour est le cadre qui permet à un Homme de procréer, de s’épanouir, de partager divers actions sociabilisantes et par extension l’amour permet à l’Homme de prouver aux autres et à lui-même qu’il existe en tant qu’être humain à part entière, et pas seulement en tant que membre de l’humanité, de la société. Le travail aide également l’Homme à se considérer comme un être doué de raison, car c’est par le travail qu’il exerce ses capacités intellectuelles ou artistiques, donc caractéristiques de l’humain. Il y a donc la raison, et le cœur, et l’âme qui supervise le tout. N’en est-on pas moins humain lorsque l’on choisit de ne pas adhérer à l’amour ? Est-ce un comportement déviant ? Une maladie psychique ? Est-ce que l’Homme n’est plus humain à partir du moment où il choisit de ne pas aimer, de ne pas être aimé ? Le plus difficile pour un tel être est de vivre parmi d’autres êtres qui ne comprennent pas ce choix, qui ne veulent pas le comprendre. L’Homme agit et pense en fonction de ses besoins, ses envies, ses peurs et a une tendance fâcheuse à vouloir justifier ces actes, ce qui leur donne une certaine rationalité, mais bien évidemment superficielle et fausse.
Julia a peur. Julia a de nombreuses peurs.
Julia a toujours eu peur que l’on remarque qu’elle est différente, alors elle s’est toujours cachée derrière sa timidité. En grandissant, elle a inconsciemment choisi d’afficher sa différence dans ses tenues, son comportement de négation et de rejet des choses partagées et populaires, dans une optique, encore inconsciente de jeter aux yeux des autres des différences autres que son physique. Elle espérait que ces différences là allaient cacher son physique, ou bien alors, elle espérait anticiper le jugement des autres et abonder dans leur sens, afin de montrer qu’elle assume cette différence.
Julia a toujours eu peur d’être abandonnée. Ce sentiment est fortement lié à son histoire, puisqu’elle a été misérablement abandonnée dès sa naissance par sa génitrice. Comme tous les enfants, elle a testé ses parents pour qu’ils lui prouvent sans arrêt qu’ils l’aimaient et qu’elle était la plus importante. Elle a reproduit le même schéma en amitié et en amour. Jamais elle n’a pu y trouver satisfaction. Elle a compris assez tardivement, à l’approche de la trentaine, qu’un ami ou un amant ne l’aimera toute la vie et qu’elle sera forcément « abandonnée » lorsque l’amitié ou l’amour prendra fin. Puisque l’amitié et l’amour ne durent pas. Elle choisit donc progressivement de ne pas aimer (d’amitié ou d’amour), ni être aimer afin de ne pas vivre encore une fois cet abandon terrible et déchirant.
Julia a toujours eu peur d’être faible. Petite, elle était un garçon manqué et ne ratait pas une occasion pour montrer aux garçons qu’elle n’avait pas peur de se battre, alors que physiquement, elle n’en aurait jamais été capable. Cette peur s’est traduite plus tard par une volonté forte de montrer et prouver qu’elle était indépendante et combative. Elle a mis un point d’honneur à réussir ses études et à trouver un travail dans une grande société afin de subvenir à ses besoins (paiement du loyer, de la nourriture, des loisirs et autres actes sociabilisants). Elle s’est donc jetée à corps et âme perdus dans cet objectif, sans prendre en compte ses propres envies, mais plutôt le regard que poserait la société ou son entourage sur elle et la réussite ou non de sa vie.
Toutes ces peurs ont fait de Julia un être terriblement angoissé, tiraillé entre ses désirs et le regard qu’elle pense que les autres poseraient sur elle. Elle ne saurait dire exactement où se situe le Vrai.
Par conséquent, elle manque de confiance en elle.
Sa peur constante d’être abandonnée ne lui permet en aucun cas de se dévoiler, de prendre d’initiatives de peur de s’attacher et d’être encore déchirée quand l’autre s’en va, une fois que l’amour ou l’amitié est fané. Elle préfère donc ne pas s’impliquer de peur de trop donner pour rien, puisque cela se terminera inexorablement.
Au travail, cela se traduit par une absence totale d’autorité et de prise de risque, de peur que ses collègues, le client, son manager ne voient qu’elle n’est pas performante, qu’elle n’est pas compétente. Elle préfère donc rester une simple exécutante de peur de s’exposer à un échec.
Toutes ces « retenues » la remplissent de frustrations. Puisqu’elle n’exprime pas clairement ce qu’elle pense, ce qu’elle veut, espérant que l’autre le devine par son comportement ou entre les lignes, l’autre n’a pas la réaction attendue, ce qui la vexe, la blesse, et donc la frustre. Puisqu’elle ne s’affirme pas au travail et qu’elle n’ose pas proposer de peur de se tromper, elle n’est donc pas reconnue et promue, ce qui la blesse car elle a l’impression de ne pas faire un travail à la hauteur de ses compétences et perd, donc sa motivation.
Ces frustrations nées de ses peurs ont un dénominateur commun : l’échec.
L’amour qui se termine, bien que cela soit inexorable pour quiconque, est un échec cuisant pour elle. Car si la relation amoureuse ou amicale meurt, c’est parce qu’elle n’a pas été à la hauteur. La où elle est contradictoire, c’est qu’elle pense également que l’autre n’a pas su bien voir, bien interpréter, et bien agir en conséquence. D’une certaine façon (laquelle ?), elle préfère ne rien dire et ne rien faire pour ne pas se tromper, afin de n’incriminer que l’autre qui est l’unique fautif, et non pas elle, puisqu’elle est restée passive, puisqu’elle n’a rien fait et dit ni de mal ni de bien. Elle considère la relation comme un rapport de force, un jeu qu’il faut absolument gagner. Dire à quelqu’un que l’on l’aime, qu’il nous a blessé, c’est s’avouer faible, c’est se livrer nu et sans défense à un autre être, qui pour elle ne va soit jamais lui rendre ce qu’elle a donné, soit profiter de cette faille pour la manipuler et se moquer d’elle et dans le pire des cas : la traiter comme faible.
En d’autres termes, au travail comme en amour, Julia anticipe l’échec et ses conséquences (la non promotion, la douleur de la rupture, le non retour ou mauvais retour de l’autre) en ne prenant aucun risque. Elle pense automatiquement à : « s’il refuse ma proposition… », « S’il ne m’aime pas », « s’il ne veut pas me voir ce soir… », « S’il me donne cette tache et que je ne parviens pas à la faire… », « S’il n’aime pas mon cadeau… », « S’il trouve des erreurs dans mon rapport… », pour ne donner que quelques exemples.
Incapable d’accepter la péremption de l’amour (ou de l’amitié), incapable de s’exprimer professionnellement, elle refuse donc l’échec. Ce qui la caractérise également, ce sont ces autres contradictions :
Nous l’avons déjà dit, elle manque profondément de confiance en elle, elle est gangrénée par la peur, elle veut toujours prouver qu’elle est la meilleure afin que personne ne lui reproche rien. Elle pense qu’elle ne mérite personne car elle pense qu’elle n’est pas quelqu’un de bien. Mais autrui ne la comprendra jamais parce qu’autrui n’est pas assez intelligent, parce qu’autrui n’a pas cherché suffisamment en elle, parce qu’autrui n’est qu’un immense égoïste et égocentrique, parce qu’autrui, contrairement à elle, n’a pas touché à la Vérité et au Beau.
Elle manque également de confiance en autrui : autrui lui veut du mal, veut l’abandonner une fois qu’elle s’est dévoilée. Autrui s’en fiche d’elle, de sa vie, de ce qu’elle aime. Autrui est trop préoccupé par sa propre vie qu’elle juge sans intérêt, par son confort superficiel. Autrui ne se remet pas autant en cause qu’elle et autrui ne se pose jamais assez de questions sur soi et sur elle. Pourtant, autrui reste important à ses yeux car selon elle, elle n’existe que si elle existe chez l’autre. Ce que pense autrui lui est malgré tout cela d’une importance capitale car elle agit, en fonction de ce qu’elle pense qu’autrui peut penser d’elle ; en plus d’agir en fonction des éventuels échecs qui pourraient survenir si elle agissait ou disait le fond ou même un échantillon de sa pensée.
Julia a toujours pensé qu’elle était différente, spéciale, complexe plus que de moyenne, intelligente et douée pour la philosophie. Elle est comme beaucoup, finalement. Sa vraie différence est qu’elle a conscience de toute sa complexité et des détails qui la constituent.
Mais sommes-nous réellement tous différents ? S’ils existent la philosophie, des concepts, des faits avérés sur la psychologie humaine, c’est peut être qu’il y a une ligne directrice, un tronc commun auquel chacun devrait aspirer ou au moins connaitre. Nous avons tendance à cultiver nos différences tout en désirant profondément se retrouver en quelqu’un d’autre, ou dans un groupe, une société, une race. Chaque individu existe en tant qu’être humain que parce qu’il existe pour au moins un autre individu. Les arts existent que parce que l’Homme les considèrent comme tel : de l’art. Nous sommes donc tous dépendants des autres lorsqu’il s’agit d’exister dans une société. Dès lors que la société rejeté un de ses membres, qu’elle ignore son existence, il n’existe plus en tant qu’être humain, mais seulement en tant que vivant. C’est une situation qui doit être insupportable. Et si un individu choisi de ne plus vivre selon les règles et de s’exclure de lui-même, cela lui est quasiment impossible. Le « tout » nous rattrape toujours. Le « tout » décide. Julia ne peut donc pas disparaitre, même si elle le désire profondément. Elle pensait s’exclure d’une vie sociale, mais l’individu est toujours traqué : l’ANPE, le recensement, les impôts, et un individu qui veut s’exclure, se libérer des contraintes se voit interné, ausculté, analysé parce qu’il est jugé déviant. Et Julia pense, peut être à tort, que chaque individu est contraint d’aspirer au même bonheur : l’accès à la propriété, le mariage, la procréation, pour rester dans les grandes lignes ; de connaitre les mêmes douleurs : la mort d’un proche, le chômage, la maladie ; de vivre de la même manière : avoir des amis que l’on voit le samedi soir, travailler dans un bureau (ou dans l’artisanat), vouloir à tout prix aimer et être aimé.
Les activités principales de Julia sont à peu près celle de tout le monde, au détail près que ces activités constituent l’intégralité exhaustive de sa vie : lire de la littérature classique, des mangas, lemonde.fr, ouestfrance.fr ; regarder des films en tout genre, des dessins animés japonais, des séries américaines ; faire les courses et se faire à manger ; faire le ménage régulièrement ; écouter de la musique ; faire du shopping ; se balader dans Paris ; écrire de temps en temps quelques emails à ses amis ; pleurer ; faire du sport au Club Med Gym ; passer un coup de fil hebdomadaire à ses parents, aller au cinéma ; rendre visite à ses parents au moins une fois par semestre ; aller au travail ; être au travail ; cogiter ; consulter sa thérapeute de temps en temps ; chercher un autre emploi ; regarder sa platine vinyle et se dire « il faudrait que j’écoute ces disques ». Des post-its sur lesquels sont écrits des citations qu’elle a lues, et rien d’autre, arborent ses murs blancs. Elle vit dans un studio qui est à la hauteur de l’ensemble de sa vie : médiocre et un peu vide, et sans décoration. Julia est une personne ordinaire. Elle se rassure en lisant les romans de Houellebecq car elle y trouve des preuves qu’elle est « normale », qu’elle n’est pas un cas pathologique grave.
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dimanche, 02 mai 2010
Love is
J’aimerais ne plus voir
Et ne plus entendre
Puisque nous sommes contraints
De conventions en moralisme
Adopter l’idée
Du mari consultant en SI
De l’enfant Mathis ou Léa
Du chien Totoro
Ou alors avoir l’impression
D’errer vidé
De jouer plutôt que de vivre
Un mauvais vaudeville
Une série française
Pour un ticket d’entré pour l’enfer
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dimanche, 21 mars 2010
En route pour la joie*
Gromanche, 2h21.
Tout a commencé quand j’ai fait une violente réaction allergique à une crème hydratante Credi. Non, en fait, tout à commencé quand il m’a dit qu’il avait passé une mauvaise soirée à cause de sa copine Dredi il y a une semaine. Rha, non, tout a commencé quand TMTG a cessé de m’appeler, il y a un mois. Où a alors, tout a commencé quand ce fut terminé avec PL. J’imagine que ça doit être ça. J’imagine que ça explique tous ces rêves que je fais depuis deux semaines dans lesquels il est systématiquement. Parce que ça fait un an. Douze mois précis. Il s’en est passé des choses depuis. Mais au fond, aucune de ces choses n’a rien changé à ma vie, ni en bien, ni en mal.
Je suis la même qu’il y a 9 ans. La célibataire déjantée alcoolique notoire (en passe de passer au niveau supérieur) qui tourne au ridicule la moindre chose que d’autres trouvent pitoyable voire tragique. Celle qui prétend que la vie est un jeu rigolo et romantique.
Je suis juste un pilier qui ne bouge pas, un pilier de bar. Quand mon entourage évolue, je stagne.
Je parle de ma situation sentimentale.
Désormais, je travaille dans une entreprise qui se situe sur l’avenue de la Cravate, dans un environnement professionnel et adapté.
Il y a plusieurs prestataires dans ce projet. Pratique commune dans les grosses boites qui évitent les monopoles des SSII.
Premier jour dans cette vieille entreprise où croulent les vieux planqués : un homme âgé entre 30 et 35 ans passe sur notre plateau et vient serrer la main à tout le monde. Quelques minutes plus tard, il revient vers moi et commence à me parler en arabe. Et non, en fait, il me disait bonjour et bonne année en coréen. Il a du voir que je ne comprenais pas un mot de ce qu’il baragouinait :
- Chinoise ?
- euh, non.
- Japonaise ?
- non plus…
- Coréenne alors ?
- oui…
- Vous parlez coréen ? Je vous ai dit bonne année en coréen !
- ah, je ne parle pas un mot de coréen
- désolé, je suis désolé, je pensais que… vraiment, je suis désolé
- non, non, ce n’est pas grave…
Le lendemain, il est revenu faire son tour et m’a encore souhaité bonne année en coréen (mi février était passé).
Et un jour, il s’est lancé :
- Je suis Alexandre, je suis presta X et vous ?
- Moi c’est konamav, presta chez Y
- En fait, je suis passionné par la Corée. Je me suis inscrit à une association il y a deux mois pour apprendre le coréen.
- Ah…
- Vous savez, c’est le nouvel an asiatique. Je pense que je vais m’inscrire à l’association truc. C’est une association blah blah blah. Moi j’adore l’Asie de l’est. L’association organise une fête ce week end blah blah. Si vous voulez, je peux vous donner le flyer de la fête.
Aussitôt dit, aussitôt fait, il est repassé plus tard avec le flyer qu’il avait imprimé en couleurs :
- Alors, vous viendrez ?
- euh, je ne sais pas.
- Je pense que je vais y aller avec des amis coréens blah blah.
Il est passé tous les jours le reste de la semaine en me demandant si j’allais venir et j’ai fini par lui dire que je ne pouvais pas (alors que je savais que j’allais passer un week end toute seule comme un chien). Tous mes collègues se sont bien foutu de ma gueule, car il faut savoir qu’en open space tout se voit, tout s’entend, c’est le principe de l’open space, avec le boss à coté pour surveiller les esclaves que nous sommes. La semaine suivante, il continuait à venir me voir, à me proposer de boire un café avec lui, à me raconter sa vie sans me laisser parler, ni répondre aux questions qu’il me posait. Notre histoire se termina un dredi soir. J’étais en train de réserver une salle dans le bureau des assistantes de l’étage sur le tableau. Il était tard, la nuit commençait à tomber, le bureau était vide, sombre. Quand je me retourne, Alexandre était la, entre la sortie et moi, coincée derrière le bureau, à me raconter pendant au moins longues 10 minutes sa passion pour la Corée et le chant. Lorsque la secrétaire entra dans le bureau, j’en profitais pour me faufiler et m’enfuir. Depuis, il ne me parle plus et se contente de me saluer.
Voila, en résumé, ma vie. Ma vie de merde. Et le pire, c’est que je ne m’en plains, pas. Mais je ne l’aime pas non plus. Je n’ai plus envie d’écrire des textes dépressifs à polluer le net de mes analyses sans fond, sans intérêt, je n’ai pas envie de me remettre à composer (bien que j’ai eu un sursaut en buvant, mais comme je ne peux pas boire avec ces corticoïdes, c’est râpé). Je n’ai plus vraiment envie de raconter ma vie. J’ai juste envie de tout tourner à la dérision, voire à l’humour. Ca rend les choses (ma vie) supportable. Ca reste un pansement provisoire. Mais comme il n’y pas vraiment de solution à ces non problèmes, que veut dire provisoire ?
C’était un petit message à caractère informatif pour mes non lecteurs infidèles : je suis vivante, on me nourrit bien à la cantine, je mange du céleri rémoulade tous les midis, on me donne un salaire en contrepartie de mon travail afin que je puisse m’acheter des vêtements professionnels et adaptés, j’ai un poste de type ordinateur avec une connexion à le internet, j’ai une navigo qui me permet de me rendre sur mon lieu de travail et on me laisse rentrer chez moi pour dormir la nuit. Je suis en bonne santé (hormis les boutons violets sur mon corps qui me brulent et m’empêchent de dormir et donc me force à écrire ce texte aussi passionnant que le classement des 100 plus grands fou rires sur TF1 le samedi soir).
En vous remerciant. Et pardon.
Konamav van der meerd
* Le titre de cette note médiocre est tiré de la chanson qui passe à l'ordinateur.
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