mardi, 21 avril 2009

In a Coma

Dans cinq minutes, il sera onze heure.

J'ai trouvé absolument pompeux le texte précédent. Ce Week End passé a été propice à la reflexion. Les réponses à mes questions n'ont pas vraiment été particulièrement constructives. Tout ce dont je suis sure, c'est que la frontière entre l'amitié et l'amour est inexistante. Dans certains cas, of course. Je suppose une tonne de choses. Les "si" me désespèrent.

J'ai l'impression d'être folle, de vivre coincée dans mon passé et projetée dans un futur qui n'existe pas. PL m'a offert la mer ce Week End. Paris était loin. Le présent si douloureux était resté à Paris. C'était dans le lieu de vacances privilègié des Parisiens et des Nantais nantis. Mais la ville moche était dernière nous, puisque nous n'avions d'yeux que pour la mer. Pourtant, je me revoyais avec G, quand nous avions dormi dans le petit voilier des jumeaux dans le port de plaisance, et je me souviens quand il m'avait donné une pièce en me disant "allez, va jouer". C'était au Casino. En passant par Nantes, de vieux souvenirs me sont encore revenus. Mon premier baiser dans le passage souterrain de la gare, la première fois que je pris un taxi, en face de cette gare, les nombreuses 8.6 que je buvais seule en pensant à ma vie sentimentale pitoyable tout en perdant mes pensées face au Chateau, le cour Saint Pierre, la rue de Strasbourg, les voies du tramway qui me permettaient de rentrer chez moi quand j'étais trop saoule. J'ai parfois l'impression qu'il me sera impossible de revivre à Nantes, tellement la ville est chargée de souvenirs d'une saveur indiciblement étrange. C'est dans cette ville que j'ai rencontré les deux hommes qui m'ont littéralement brisé le coeur. C'était presqu'indescent d'y être avec PL. Hautement insupportable.

De retour à Paris, Paris. La vive et banale réalité qui fait que ma vie est d'un banal mortel et que je trouve invraissemblablement normale et insignifiante. Il faudrait que je cesse d'entrevoir quelques explications de mes actes passés et certaines réponses à mes interrogations concernant l'avenir dans les séries américaines et dans ce film que je regarde un peu avant de me coucher. Je m'éparpille. Je me dissous. Je commence à reprendre la guitare et m'achète une Fender que je ne sors plus de son étuit. Je commence à me renseigner pour des cours de Japonais mais hésite encore avec le Coréen. Je ne sais plus s'il faut que je prenne LYRE ou KMAR. La seule chose que j'ai réussi à terminer, ce sont mes études. Qui me servent strictement à rien. Le temps passe. J'ai bientôt 26 ans. Je suis incapable de m'investir dans une relation sentimentale et dans ce travail qui, certes ne me plait pas, mais me permet de me nourir et de me loger. Je perds du temps. Ce temps si précieux. Qui passe et qui n'attendra pas que je prenne une décision. Et c'est la première fois dans ma vie, la première fois que je peux dire que je me laisse porter par la vie, parce que prendre une décision est trop douloureux. Je laisse pourrir la situation, l'inaction et la passivité sont si facile à adopter.

Je me trouve déprimante. Ces textes sont déprimants et d'une qualité douteuse. Ces textes seront toujours le reflet de ce que je suis. L'inconstance est humaine. L'inconstance, c'est moi.

Konamic Battle Weapon Inc.

jeudi, 16 avril 2009

Un Demi

23h18. Du sucre.

Trop. "Nothing makes me feel good..."

"Arrêtez de penser pour les autres". Je le sais. Le vrai problème de fond est plutôt Comment arrêter de penser pour les autres. Je n'en ai pas la réponse. Tout comme Pourquoi j'ai fait des choix qui m'ont menés ici et me rendent désormais si malheureuse. Je sais une multitude de choses, de "vérités" me concernant, et puis, j'avoue concernant les autres. Du moins, c'est ce que je pense. Tout ne s'écroule donc pas autour de moi, et en moi. La preuve, j'écoute même de la musique qui donne envie de danser. J'avais arrêté pourtant. Il n'y a toujours pas assez de musique dans mon coeur pour faire danser la vie, mais il en reste.

En tombant sur la photo d'une ancienne collègue russe du MBA, une chose m'a frappée, me concernant évidemment, puisque tout tourne autour de moi ces temps-ci. Elle vit à Berlin, est trilingue, a fait des études brillante, est mariée et semble si heureuse, si belle, si épanouie. Elle a quelque chose d'exceptionnel. Sa beauté ? Son intelligence ? Sa class ? Sa réussite ?

Je n'ai rien d'exceptionnel. Même un ami me l'a dit. Je suis une fille ordinaire, normal. La pire chose que l'on pouvait me dire, j'en ai conscience seulement maintenant. A cet instant. Je n'ai absolument rien d'exceptionnel. Il a raison, et moi aussi. Quoi de plus ordinaire qu'une étudiante en école de commerce qui travaille pour une boite de viande avariée ? Je suis tellement ordinaire que j'en deviens transparente. Et pas besoin de Madame Quatre Vingt Euros pour le découvrir, le comprendre. Cette ordinarité, cette normalité me tue, me blesse, me ronge. Je n'ai jamais eu cette sensation d'être dans le tas. D'être un mouton dans un enclos. Un voyageur de plus à Chatelet les Halles. Je ne l'accepte pas. Et c'est mon droit. Si l'ordinarité et la normalité plaisent à certains, et bien, pas à moi. Je sais, je le sens que je ne vivrais pas très longtemps, et c'est aussi peut être pour cela que je suis dans cette urgence, cette urgence que si je ne le fais pas tout de suite, je ne le ferais jamais. Mon pire cauchemard, et j'en ai pleinement conscience aujourd'hui est que l'on dise le jour de mes funérailles "Konamav, oui, c'était une fille ordinaire". J'en crève déjà rien que de l'envisager. Et si mon entourage pense que je suis ordinaire, normale, alors je ne suis plus rien. Je me suis toujours sentie "à part". Et j'en ai souffert. Mais je souffre davantage d'être un pigeon dans un tas de pigeons qui picorent des miettes de pain dans un square parisien, passivement. Que celui qui me trouve ordinaire me jette la première graine. C'esy peut être le syndrome de l'enfant unique. Mais qui a raison ? Et si j'ai envie que l'on me regarde comme si j'étais différente, spéciale, extraordinaire, cela ne fait pas de moi quelqu'un de malade. C'est peut être ceux qui se forcent à se penser "normaux" qui auraient besoin de consulter.

Pour en revenir à la réalité, j'ai l'impression que les recruteurs me trouvent "ordinaire", avec un profile "moyen". C'est pour cela que mes candidatures n'ont aucune résonance. Face a des élèves de Science Po aux multidudes de stages à l'ONU, ou à un HEC, ou à une collègue russe, je ne suis qu'une salariée ordinaire qui a un diplôme d'une ESC plus qu'ordinaire et modeste, avec un CV de qualité douteuse et une lettre de motivation qui n'en est pas vraiment une. Je ne suis même pas bilingue. Je n'ai aucun talent particulier. Je ne suis pas douée. Je joue très mal de la guitare et mes compositions sont plus que médiocres. Sans compter que je ne suis plus capable aujourd'hui d'en écrire. Mes textes sont de plus en plus sinistres et sans interêt. Je vis sur mon passé, mon glorieux passé. Je suis comme cette ville, Paris, qui a une jolie histoire, qui l'exploite mais qui cultive des prétentions. Comme elle, je ne suis pas à la hauteur de mes ambitions. Je dois partir. Je dois absolument partir. Partir, c'est faire un pas en avant, c'est mettre les deux pieds dans l'extraordinaire. Et si j'ai besoin de fuire quelque chose, c'est bien l'ordinarité de la vie parisienne, et de ses habitants qui se croient tous exceptionnellement cultivés, artistes, corporate. Peut-on me le reprocher ? Je sais ce qui me rendrait heureuse. Mais je crois que je suis condamnée à ne pas l'être et à prendre ,chaque jour du reste des années qui me restent à vivre, le RER, à arpenter les rues qui vomissent les gens et qui puent toutes sortes de pisses.

Ce n'est même pas un soulagement de savoir. J'en suis encore plus frustrée. Comment l'être plus ? La frustration, cette sensation si désagréable, mais qui est la simple manifestation de son propre échec, le reflet parfait de sa médiocrité, c'est-à-dire de sa normalité.

J'ai bataillé toutes ces années de ma jeunesse pour ne plus être "normale", en cultivant le rêve qu'un jour très proche j'allais enfin embrasser, même baiser avec la vie que je me suis toujours imaginée. J'ai fait une prépa moyenne et une école de commerce "bas de classement". J'ai réussi à me faire embaucher dans une "top company", laquelle n'a pas tardé à me faire ressentir que je n'étais pas un de ses meilleurs éléments par une politique salariale plus que douteuse, injuste, inéquitable et injustifiable. Je vis dans un studio que je loue 630 euros, où ma chambre, c'est mon salon, mes chiottes, ma cuisine, au dernier et cinquième étage, sans ascenceur, ayant pour voisine un être qui a oublié ce que la propreté et l'hygiène étaient dès lors qu'elle a aimé les chats, c'est à dire, depuis toujours, offrant généreusement sa baignoire comme litière à ses horribles chats odorants. Aujourd'hui, mon entourage pense que je suis une fille ordinaire, qui travaille et pour laquelle le "métro, boulot, dodo" en devient un vrai mode de vie, voire un leit motiv. Je n'ai aucune passion particulière, mise à part la musique et la littérature, mais tout le monde aime la musique et la littérature. Je n'ai pas de cheval. Je ne suis pas douée en dessin, ni en art photographique. Je ne fait pas de doctorat en économétrie. Je ne suis pas des cours du soir de japonais, ni des cours du Cned, en même temps que mon travail. Je ne suis pas en VIE à Shanghai. Je ne fais pas le déploiement de la solution Machin dans toute l'Europe. Je n'ai pas dédié ma vie à rendre les autres heureux. Je pousse les gens dans le RER comme tout le monde. J'ai une dizaine de sacs, comme une Fille (oui, celle avec un grand F). Je n'ai rien de spécial. Et mon ami avait vraiment raison. J'ai une tendance très forte à penser que les gens que je fréquente sont spéciaux, qu'ils ont quelque chose d'unique, d'extraordinaire, de spécial. C'est pour cela que je les aime. C'est pour cela que je suis fière de les connaitre et de faire parti de leur vie.

Mais alors, merde, puisque je n'ai rien de spécial, que faites vous ? Fuyez. Ou, non, attendez, c'est moi qui vais fuire. Car je suis ce que vous pensez de moi. Je suis ce que vous dites. Je ne peux pas supporter de me voir dans ces yeux la, avec ce que je vois de moi dedans. Fanchie, lui au moins est extraordinaire. Pour mon bien, laissez moi. Pour mon bien, je dois partir. Je dois partir. Je dois partir. Mais je commence à ne plus croire à mes chances. Ni au reste. La vie.

Am I the night ?

 

Konamav, en transit, pas intestinal.

samedi, 11 avril 2009

Deux et demi

17h17.
Les choses sont désormais plus claires. J’ai enfin ouvert les yeux. J’ai enfin pu voir que je sortais avec un garçon qui avait autant envie que moi de faire avancer la relation que l’on avait pu avoir. L’histoire s’arrête donc ici. Avec sa passivité et avec ma passion et avec notre manque de désire de s’engager un tant soit peu.

17h25.
C’est encore le crépitement du vinyle qui en ajoute à ma mélancolie, qui donne encore de la nourriture à mon esprit romantique.
Tout est si clair. Si clair que je pourrais en mourir. Parce que je sais maintenant. Rien n’est irréversible, certes, mais le temps est si nocif, qu’il peut creuser en soi des sillons si profonds qu’il nous serait impossible de les combler.
Personne ne peut comprendre pourquoi aujourd’hui je dis que j’ai raté ma vie. Si j’entends encore une fois « tu as tout pour être heureuse, c’est donc de ta faute si tu ne veux pas accepter le bonheur qui frappe à ta porte, qui attend sagement que tu le prennes », outre le fait que j’aurais envie d’arracher la totalité de la peau de cette prochaine personne, avec mes ongles, j’aurais envie de lui dire simplement « le bonheur m’attend certainement dans mon trou de balles, et qui’il s’impatiente parce qu’il se sent un peu seul et mal à l’aise dans cet endroit sombre et glauque qui dégage une odeur infecte ».

Qu’on me demande de changer ce que je fais, c’est une requête tout à fait acceptable et légitime, mais ce que je suis, non. Et je suis quelqu’un d’ambitieux et passionné qui a simplement pris les mauvaises décisions dans un certain contexte.

Je vois un psychothérapeute parce que je suis à deux doigts de me lever et balancer « Bonjour à tous, client et collaborateurs, je vous conchie. Je vous conchie parce que vous êtes tout ce que je trouve le plus repoussant dans la race humaine. Vous êtes aussi la grande preuve que le bonheur n’atteint pas ceux qui le mérite et qui le cherche, en vain. Vous faites partie des gens indignes de mon intérêt et passer dix heures auprès de vous est le pire supplice que la vie ait pu me donner. Vous êtes vides, vos passions, mis à part la plongée et le ski dans les Alpes, se résument à boire des cocktails dans les soirées afterwork sur les Champs avec vos collègues cools et à trainer dans des soirées. Vous allez à la rigueur voir une exposition au grand Palais histoire de vous prouvez que vous avez un minimum d’intérêt pour l’art, et parce que PapaMaman vous y emmenait. Je vous conchie parce que vous me claquer votre putain de bise tous les matins et que ca m’insupporte viscéralement. Clients, je vous conchie avec vos cheveux toujours propres et vos jean Levi’s 501. Collaborateurs, je vous conchie parce que vous êtes l’essence même de l’esprit Corporate. Vous n’êtes que des rapaces qui crèvent la dalle d’argent, et de paillettes. Vous n’êtes que des rapaces qui salivent d’avance de ragots corporate, pensant que ca vous rend important et cool. Grâce à vous, je n’ai plus aucune envie de passer un jour de plus dans une entreprise. Chers client et collaborateurs, je vous conchie bien profondément. ».
Effectivement, ça serait dommage que je balance ce genre de brouillon de mes pensées à l’aube de lâcher un pet assise sur mes toilettes car cela compromettrait toute autre carrière que je voudrais embrasser. Parce que dans l’idéal, si la vie voulait bien se faire pardonner et retrouver enfin mes faveurs, elle me présenterait de temps en temps des opportunités.


...

 

20h08.
Une pensée, comme à chaque samedi : « encore un samedi soir toute seule comme une conne ». Une action, comme tous les samedis soirs : lever son coude pour porter à ses lèvres le verre de bière ou tout autre boisson alcoolisée, histoire de donner un semblant festif à un samedi soir.
Une volonté, comme tous les samedis soirs : Si seulement je n’étais pas la, si seulement tout cela ne se déroulait pas…
Une conséquence, comme toujours tous les samedis soirs : le samedi soir prochain sera égal au samedi soir qui s’écoule.

Konamav.
Un bateau rouillé, percé qui cherche un cap, ca n’avance pas droit.

dimanche, 05 avril 2009

Combien vous me vendez ces âmes ?

Il est 20h26. A cette heure, la plupart des gens mangent un bon diner en amoureux, en famille, entre amis ou seuls, en appréciant la douceur d’un dimanche presqu’ensoleillé, qui se fane lentement parce que c’est la fin de la journée. Tous ces gens se disent que c’était une bonne journée, que la promenade sur le Viaduc des Arts était très agréable, que la ballade en rollers sur les bords de Seine leur a fait du bien, que la visite de l’Aquarium était divertissante. Tous ces gens se disent que c’est dommage que le Week End se termine si vite, et que c’est si difficile de reprendre encore une semaine de travail. Mais que ce n’est pas grave parce que « Vivement le Week End prochain ». J’ai envie de rire, d’une façon totalement incontrôlée. On a l’impression d’entendre Michel Drucker. Comment peut-on apprécier la vie, cette chose qui nous fait dire « Vivement le Week End prochain ».

Chaque jour de la semaine, qu’il s’appelle Lundi, Vendredi, Samedi, me donne la même envie de rire. Chaque jour de la semaine ne sert qu’à alimenter mon cerveau en cynisme et sinistres remarques qu’il déverse dès qu’il en a l’occasion. Ce dimanche, je l’ai passé à méditer, à faire ma lessive, à manger du pain et du fromage pour reprendre les cinq monstrueux kilos que j’ai perdu je ne sais comment et qui me font passer sous la barre des sacro saints cinquante kilos, poids idéal pour une jeune femme d’un mètre soixante dix neuf dynamique et élancée. Sauf que PL et tous les médecins à qui j’en ai parlé me culpabilisent d’avoir perdu du poids alors que cette funèbre perte était totalement involontaire et non planifiée. Je finis ce dimanche, en me disant que la semaine et demi d’arrêt maladie que j’ai eu m’a été bénéfique.

Oui, j’ai pu marcher dans Paris, sous un soleil renaissant. J’ai pu laisser mes pensées bouillonner sur le pont des Arts en regardant le soleil scintiller sur la Seine, avec pour décors de fond la Tour Eiffel, le Louvre, le Grand Palais, et derrière la Samaritaine, Notre Dame, Paris en fait. J’ai pu enfin me décider à voir « un ami » et aller avec lui à l’anniversaire d’une copine de PL. C’était pour moi un acte qui m’a beaucoup demandé. J’ai du ravaler ma honte, mes peurs pour y aller. J’ai fait comme j’ai pu. Mais cet ami qui m’avait fait comprendre qu’il était la pour moi s’est empressé d’aller voir la jolie J, toujours bien habillée, bien maquillée. Parce que j’étais paralysée par la peur de ne pas être à la hauteur, je n’ai pu lui tenir une conversation animée et intéressante, parce qu’en ce moment je suis affaiblie, et que ma plus grande peur est que cet affaiblissement ne me fasse perdre tous mes amis (et Dieu sait que j’en ai si peu, deux), il a pensé à lui et préféré la grande répartie de la jolie J, un peu torturée, un peu superficielle, un peu cynique, un peu drôle. Il est évident qu’il ne voulait pas s’embêter d’une fille qui rate tout ce qu’elle entreprend, non. Il préfère rire aux bonnes blagues corpo-cyniques de la jolie J. Et il a tout fait pour se défaire de l’éventuel sensation de culpabilité qu’il pourrait éprouver en laissant tomber une fille qui l’a bien fait rire, et qui était la quand il s’ennuyait, et qui était aussi la quand ses autres copines n’étaient pas la, en m’envoyer ces messages dont l’essence était « si tu as besoin de parler, je suis la ». Combien de fois l’ai-je remercié de ses propositions d’aide. Et combien de fois lui ai-je dit que ce n’était pas ce dont j’avais vraiment besoin, puisque j’ai assez de moi comme audience. Combien de fois ai-je dit avec l’impression de prêcher les bienfaits des masques d’argile dans les plaines de Sibérie à des Paysans russes qu’une bonne rigolade était la chose que je demandais à mes « amis ». Finalement, on s’efforce à entretenir des relations qui n’existent pas vraiment. Une amitié, ça se nourrit. Je n’ai plus les forces suffisantes pour rire. Ni pour être d’une compagnie très agréable. Alors tous mes « amis » se tourneront vers de jolies J, qui ont l’air saines et si bien dans leur peau, et qui ont tous les ingrédients pour satisfaire la faim des « amis ».

En revanche, je n’ai pas pu répondre à Stef, ni à mes parents. Stef, parce que je n’aime pas l’idée qu’elle puisse dire « ah, tiens vous savez, j’en ai un bon gros, de ragot : Konamav, elle ne va pas bien du tout, d’ailleurs, elle met dans son blog que les pompiers frappent à sa porte et qu’elle consulte. ». Peut être qu’elle ne le dira jamais. Et qu’elle ne me jugera pas. Je connais plein de choses intimes sur elle, sur sa famille, puisque l’on a vécu à quatre pâtés de maisons l’une de l’autre, dans le même lotissement ouvrier, puisque l’on se connait depuis toujours, même avant que l’on puisse s’en souvenir. Mes parents parce qu’ils ont déjà assez souffert. Et que je ne veux plus jamais être un fardeau pour eux. Ils ont mérités leurs années de bonheur, de tranquillité.

Comment dire à tous ces gens, ces amis, faux amis, parents, que j’ai honte d’être faible et que je n’ai pas envie qu’ils me voient ainsi. Le lire est une chose, le voir en est une autre. Comment leur dire que j’ai envie que l’on me donne du temps, sans me juger pour que je puisse un jour resurgir et dire que je suis de nouveau vivante. Comment dire à tous ces gens que je me suis trompée de cap depuis le départ et puis, comment leur dire que malgré qu’ils peuvent croire que je les repousse je n’ai pas envie qu’ils m’abandonnent. Comment dire à ces gens que le temps que je leur demande, m’est si douloureux mais tellement nécessaire.

Mais je sais, qu’inexorablement, le temps sépare les amis, plus qu’autre chose.

Et si ces gens ne comprennent pas ma demande, c’est qu’ils ne méritent pas une seule seconde de plus mon amitié, mon amour, mon attention, mon temps et encore moins mon énergie à construire quoi que ce soit.

Il est 21h10. Passons sur ce sentimentalisme mièvre à faire pleurer un adolescent de 14 ans.

Il est temps que je fige enfin les mots que je n’ai cessé de ruminer depuis ces quelques jours. Peut importe qui me lira. Je le fais pour la postérité.

A dix ans, elle voulait être avocate ou journaliste, parce qu’elle devait admirer ces journalistes que l’on voyait à la télévision couvrant de terribles conflits ou parce qu’elle se disait que Perry Mason était un homme d’une intelligence redoutable et bonne, tout comme ce bon vieux Colombo. Elle rêvait aussi du prince charmant, d’une histoire comme celle d’Arielle, la petite sirène, ou encore comme celle de Fantagaro, la belle cavalière.

Adolescente, elle était encore la petite fille de dix ans. La musique apparue et lui donna un moyen de s’exprimer dans ce petit village de Bretagne, même sans aucun auditeur. Elle aimait tellement le football et supportait avec ferveur son club favori qu’elle en restait éveillée jusqu’à une heure ou deux heure du matin rien que pour regarder l’émission sur la Ligue des Champions qui résumait les matches que Canal + diffusait le mardi soir (elle n’avait évidemment pas cette chaine, ni de magnétoscope). Elle aimait tellement le cinéma qu’elle lisait scrupuleusement Télé Z pour regarder les films qui valaient le cout d’être vus (elle n’avait évidemment pas les moyens d’aller au cinéma).

Devenue étudiante, elle se démena pour réussir ses études qui la mènerait fatalement vers le monde de l’entreprise, tant désiré, parce qu’il pouvait lui donner ce dont elle rêvait : l’argent, la vie sociale qui va avec son statut de cadre, et le bonheur enfin d’avoir pu réaliser quelque chose de grand dans sa vie, ce bonheur d’accomplissement.

Finalement, elle n’est qu’un être dénué de tout intérêt, sans vie sociale, sans argent, et qui consulte parce qu’elle n’est qu’une incapable. Parce qu’elle n’est qu’un semblant de héros de roman russe. Une chose fade, terne, transparente. Elle reste incapable de toucher sa guitare, incapable d’écrire une seule chanson, incapable de commencer à écrire un roman.

Après toutes ces années si difficiles à étudier, à chercher les bons stages, le bon travail, elle récolte enfin le fruit de ces efforts, mérités. Malgré les obstacles qui se sont posés devant elle, à chaque fois elle les a complètement pulvérisé et a grimpé les échelons la tête haute. Elle est cadre dans une grande société. Après une année à travailler dur, à apprendre un nouveau métier, après deux bonnes évaluations, elle semble baisser les bras. Elle est comme enfermée dans une prison, en transit avant la pendaison certaine. Elle sait maintenant. Elle sait que toutes ces dernières années n’ont été qu’une grande comédie qu’elle a elle-même orchestré parce qu’elle voyait briller d’en bas de son échelle la vie de ces bourgeois à qui tout réussi. Elle sait maintenant qu’elle ne pourra jamais avoir ce dont elle a tant rêvé et ce pour quoi elle s’est tant battu. Elle sait maintenant que la réalité va lui prendre le bras et lui demander gentiment de descendre les échelles, non pas une à une, mais d’un seul et grand coup. Elle sait maintenant que ces choses qui brillaient et qui la faisait briller à une époque dorée, n’étaient que des chimères destinées à l’appâter et à la faire souffrir terriblement. Elle a l’impression que la vie lui a promis du caviar et des belles robes mais qu’elle a décidé de lui donner du pâté Dia et des robes Jenifer.

Mais ce qu’elle sait par-dessus tout, c’est qu’elle s’est trompée elle-même. Que la vie l’ait gavée d’illusions, certes, elle peut l’accepter. Mais qu’elle se soit naïvement soumise à ces illusions, elle ne se le pardonnera jamais.

Se raconter à la troisième personne donne un coté dramatique à la chose. C’est un exercice très narcissique plaisant. Que j’arrête ici.

J’ai acheté mes âmes mortes, moi aussi. J’ai voulu tromper le monde, proche ou non. Je n’ai pas vraiment fait de mal aux autres en les trompant, en leur volant (leur temps, leur amitié), en m’achetant un statut (à 21500 euros), en portant de beaux vêtements de la marque qu’il faut, en allant voir un thérapeute (comme c’est si tendance, puisqu’effectivement Ally McBeal et même Carrie Bradshaw en usent). Je me suis fait du mal. Je suis la seule à souffrir. J’en suis au moment où le personnage principale est enfermé en prison, dans son beau costume après avoir jeté sa fierté et le peu de dignité qui lui restait, en suppliant le prince de lui pardonner et de l’épargner. Il est sauvé par une bonne âme. Je ne dois compter que sur mon propre secours. Je sais comment enfin obtenir mon salut : fuir, comme je l’ai toujours fait. La perspective de rester encore une année, à exercer ce métier qui n’en est pas vraiment un, a vivre dans un appartement moche, petit qui me rappelle chaque seconde de mon existence que j’ai raté, cette perspective me donne envie de fuir. Alors, je me prépare, à trois, je saute.

Un, deux…

 

jeudi, 02 avril 2009

Les murs, c'est dur

3h35.

Ma faim de séries américaines pour adolescents et pour femmes célibataires trentenaires est totalement insatiable. Bref, demain, j'ai surement un des derniers rendez-vous avec Madame 80 euros, concours de circonstances puisqu'elle n'est pas disponible avant cet été. Mais je ne suis pas une assistée, et ne l'ai jamais été. Demain, je m'achète finalement un mixeur pour me faire un milk shake, boisson que je n'ai jamais goutée.

Hier, je me suis tapée la tête contre le mur de mon appartement, tellement fort que j'en ai une rangée de bosses qui me font attrocement souffrir. Sans compter la honte que je dois endosser d'avoir poussé le voisin à appeler les pompiers et d'avoir du promettre au jeune pompier surement très beau que je pleurais plus en silence la prochaine fois, entrecoupé de milliards de "je ne suis pas un cas sociale, j'ai le droit d'être triste". La honte me va très bien, surement mieux que les robes que je ne porte jamais et le mascara mauve que je me suis acheté hier, pour qu'enfin PL remarque que je suis "une femme", parce que le mascara noir a été un échec cuisant. Tout ça pour dire que ces bosses ont un effet "garde fou", qui me rappelle la situation inconfortable à laquelle j'ai du faire face, et aux larmes versées pour rien, parce que je m'affole toujours pour rien, parce que je démarre au quart de tour, parce que je suis un être d'une extrême sensibilité qui recherche quelque chose par simple masochisme.

Tout ce romantisme que je m'efforce de mettre en avant, comme une quete sacrée, ce n'est simplement qu'une raison que j'ai concocté pour justifier mon incapabilité à aimer et à accepter d'être aimée. Les choses pourraient être si simples et si douces. Mais il est clair que je préfère m'enfermer dans le passé et les choses romantiques que j'y ai vécu. C'est tellement plus simple de jouer avec son imaginaire. La vraie vie, c'est un mur. Le mien n'a pas de porte. Alors je dois faire plus que les autres, me battre, cogner très fort et crier pour qu'enfin quelque chose se passe. Ces derniers temps, j'avais décidé de ne plus crier, de ne plus me faire entendre, mais de me faire si petite, si transparente que plus personne ne me verrait. Ca a marché. J'ai pris pleine conscience que je ne suis rien, entourée de rien, et que je me bats contre un mur invisible, si ce n'est, celui de mon studio minable. Il y a pourtant une chose de bien. Une seule chose. Ce n'est pas mon travail qui m'a provoqué plus d'une semaine d'arrêt maladie, ni ma vie sociale et amicale inexistante, ni ma vie familiale. Cette chose, je voulais la briser contre ce mur, pour qu'enfin j'ai une raison de me sentir vraiment seule, vraiment abandonnée de tous, de dieu (bah, il n'existe pas vraiment, mais c'est un bon bouc emissaire), de la vie.

Il faut simplement que je trouve un autre emploi, un autre appartement, une autre vie, et tout ira bien, évidemment.

La vie, c'est comme une série américaine pour adolescents, on sait toujours comment un drame se termine.

Toutes les notes