samedi, 11 avril 2009

Deux et demi

17h17.
Les choses sont désormais plus claires. J’ai enfin ouvert les yeux. J’ai enfin pu voir que je sortais avec un garçon qui avait autant envie que moi de faire avancer la relation que l’on avait pu avoir. L’histoire s’arrête donc ici. Avec sa passivité et avec ma passion et avec notre manque de désire de s’engager un tant soit peu.

17h25.
C’est encore le crépitement du vinyle qui en ajoute à ma mélancolie, qui donne encore de la nourriture à mon esprit romantique.
Tout est si clair. Si clair que je pourrais en mourir. Parce que je sais maintenant. Rien n’est irréversible, certes, mais le temps est si nocif, qu’il peut creuser en soi des sillons si profonds qu’il nous serait impossible de les combler.
Personne ne peut comprendre pourquoi aujourd’hui je dis que j’ai raté ma vie. Si j’entends encore une fois « tu as tout pour être heureuse, c’est donc de ta faute si tu ne veux pas accepter le bonheur qui frappe à ta porte, qui attend sagement que tu le prennes », outre le fait que j’aurais envie d’arracher la totalité de la peau de cette prochaine personne, avec mes ongles, j’aurais envie de lui dire simplement « le bonheur m’attend certainement dans mon trou de balles, et qui’il s’impatiente parce qu’il se sent un peu seul et mal à l’aise dans cet endroit sombre et glauque qui dégage une odeur infecte ».

Qu’on me demande de changer ce que je fais, c’est une requête tout à fait acceptable et légitime, mais ce que je suis, non. Et je suis quelqu’un d’ambitieux et passionné qui a simplement pris les mauvaises décisions dans un certain contexte.

Je vois un psychothérapeute parce que je suis à deux doigts de me lever et balancer « Bonjour à tous, client et collaborateurs, je vous conchie. Je vous conchie parce que vous êtes tout ce que je trouve le plus repoussant dans la race humaine. Vous êtes aussi la grande preuve que le bonheur n’atteint pas ceux qui le mérite et qui le cherche, en vain. Vous faites partie des gens indignes de mon intérêt et passer dix heures auprès de vous est le pire supplice que la vie ait pu me donner. Vous êtes vides, vos passions, mis à part la plongée et le ski dans les Alpes, se résument à boire des cocktails dans les soirées afterwork sur les Champs avec vos collègues cools et à trainer dans des soirées. Vous allez à la rigueur voir une exposition au grand Palais histoire de vous prouvez que vous avez un minimum d’intérêt pour l’art, et parce que PapaMaman vous y emmenait. Je vous conchie parce que vous me claquer votre putain de bise tous les matins et que ca m’insupporte viscéralement. Clients, je vous conchie avec vos cheveux toujours propres et vos jean Levi’s 501. Collaborateurs, je vous conchie parce que vous êtes l’essence même de l’esprit Corporate. Vous n’êtes que des rapaces qui crèvent la dalle d’argent, et de paillettes. Vous n’êtes que des rapaces qui salivent d’avance de ragots corporate, pensant que ca vous rend important et cool. Grâce à vous, je n’ai plus aucune envie de passer un jour de plus dans une entreprise. Chers client et collaborateurs, je vous conchie bien profondément. ».
Effectivement, ça serait dommage que je balance ce genre de brouillon de mes pensées à l’aube de lâcher un pet assise sur mes toilettes car cela compromettrait toute autre carrière que je voudrais embrasser. Parce que dans l’idéal, si la vie voulait bien se faire pardonner et retrouver enfin mes faveurs, elle me présenterait de temps en temps des opportunités.


...

 

20h08.
Une pensée, comme à chaque samedi : « encore un samedi soir toute seule comme une conne ». Une action, comme tous les samedis soirs : lever son coude pour porter à ses lèvres le verre de bière ou tout autre boisson alcoolisée, histoire de donner un semblant festif à un samedi soir.
Une volonté, comme tous les samedis soirs : Si seulement je n’étais pas la, si seulement tout cela ne se déroulait pas…
Une conséquence, comme toujours tous les samedis soirs : le samedi soir prochain sera égal au samedi soir qui s’écoule.

Konamav.
Un bateau rouillé, percé qui cherche un cap, ca n’avance pas droit.