dimanche, 05 avril 2009

Combien vous me vendez ces âmes ?

Il est 20h26. A cette heure, la plupart des gens mangent un bon diner en amoureux, en famille, entre amis ou seuls, en appréciant la douceur d’un dimanche presqu’ensoleillé, qui se fane lentement parce que c’est la fin de la journée. Tous ces gens se disent que c’était une bonne journée, que la promenade sur le Viaduc des Arts était très agréable, que la ballade en rollers sur les bords de Seine leur a fait du bien, que la visite de l’Aquarium était divertissante. Tous ces gens se disent que c’est dommage que le Week End se termine si vite, et que c’est si difficile de reprendre encore une semaine de travail. Mais que ce n’est pas grave parce que « Vivement le Week End prochain ». J’ai envie de rire, d’une façon totalement incontrôlée. On a l’impression d’entendre Michel Drucker. Comment peut-on apprécier la vie, cette chose qui nous fait dire « Vivement le Week End prochain ».

Chaque jour de la semaine, qu’il s’appelle Lundi, Vendredi, Samedi, me donne la même envie de rire. Chaque jour de la semaine ne sert qu’à alimenter mon cerveau en cynisme et sinistres remarques qu’il déverse dès qu’il en a l’occasion. Ce dimanche, je l’ai passé à méditer, à faire ma lessive, à manger du pain et du fromage pour reprendre les cinq monstrueux kilos que j’ai perdu je ne sais comment et qui me font passer sous la barre des sacro saints cinquante kilos, poids idéal pour une jeune femme d’un mètre soixante dix neuf dynamique et élancée. Sauf que PL et tous les médecins à qui j’en ai parlé me culpabilisent d’avoir perdu du poids alors que cette funèbre perte était totalement involontaire et non planifiée. Je finis ce dimanche, en me disant que la semaine et demi d’arrêt maladie que j’ai eu m’a été bénéfique.

Oui, j’ai pu marcher dans Paris, sous un soleil renaissant. J’ai pu laisser mes pensées bouillonner sur le pont des Arts en regardant le soleil scintiller sur la Seine, avec pour décors de fond la Tour Eiffel, le Louvre, le Grand Palais, et derrière la Samaritaine, Notre Dame, Paris en fait. J’ai pu enfin me décider à voir « un ami » et aller avec lui à l’anniversaire d’une copine de PL. C’était pour moi un acte qui m’a beaucoup demandé. J’ai du ravaler ma honte, mes peurs pour y aller. J’ai fait comme j’ai pu. Mais cet ami qui m’avait fait comprendre qu’il était la pour moi s’est empressé d’aller voir la jolie J, toujours bien habillée, bien maquillée. Parce que j’étais paralysée par la peur de ne pas être à la hauteur, je n’ai pu lui tenir une conversation animée et intéressante, parce qu’en ce moment je suis affaiblie, et que ma plus grande peur est que cet affaiblissement ne me fasse perdre tous mes amis (et Dieu sait que j’en ai si peu, deux), il a pensé à lui et préféré la grande répartie de la jolie J, un peu torturée, un peu superficielle, un peu cynique, un peu drôle. Il est évident qu’il ne voulait pas s’embêter d’une fille qui rate tout ce qu’elle entreprend, non. Il préfère rire aux bonnes blagues corpo-cyniques de la jolie J. Et il a tout fait pour se défaire de l’éventuel sensation de culpabilité qu’il pourrait éprouver en laissant tomber une fille qui l’a bien fait rire, et qui était la quand il s’ennuyait, et qui était aussi la quand ses autres copines n’étaient pas la, en m’envoyer ces messages dont l’essence était « si tu as besoin de parler, je suis la ». Combien de fois l’ai-je remercié de ses propositions d’aide. Et combien de fois lui ai-je dit que ce n’était pas ce dont j’avais vraiment besoin, puisque j’ai assez de moi comme audience. Combien de fois ai-je dit avec l’impression de prêcher les bienfaits des masques d’argile dans les plaines de Sibérie à des Paysans russes qu’une bonne rigolade était la chose que je demandais à mes « amis ». Finalement, on s’efforce à entretenir des relations qui n’existent pas vraiment. Une amitié, ça se nourrit. Je n’ai plus les forces suffisantes pour rire. Ni pour être d’une compagnie très agréable. Alors tous mes « amis » se tourneront vers de jolies J, qui ont l’air saines et si bien dans leur peau, et qui ont tous les ingrédients pour satisfaire la faim des « amis ».

En revanche, je n’ai pas pu répondre à Stef, ni à mes parents. Stef, parce que je n’aime pas l’idée qu’elle puisse dire « ah, tiens vous savez, j’en ai un bon gros, de ragot : Konamav, elle ne va pas bien du tout, d’ailleurs, elle met dans son blog que les pompiers frappent à sa porte et qu’elle consulte. ». Peut être qu’elle ne le dira jamais. Et qu’elle ne me jugera pas. Je connais plein de choses intimes sur elle, sur sa famille, puisque l’on a vécu à quatre pâtés de maisons l’une de l’autre, dans le même lotissement ouvrier, puisque l’on se connait depuis toujours, même avant que l’on puisse s’en souvenir. Mes parents parce qu’ils ont déjà assez souffert. Et que je ne veux plus jamais être un fardeau pour eux. Ils ont mérités leurs années de bonheur, de tranquillité.

Comment dire à tous ces gens, ces amis, faux amis, parents, que j’ai honte d’être faible et que je n’ai pas envie qu’ils me voient ainsi. Le lire est une chose, le voir en est une autre. Comment leur dire que j’ai envie que l’on me donne du temps, sans me juger pour que je puisse un jour resurgir et dire que je suis de nouveau vivante. Comment dire à tous ces gens que je me suis trompée de cap depuis le départ et puis, comment leur dire que malgré qu’ils peuvent croire que je les repousse je n’ai pas envie qu’ils m’abandonnent. Comment dire à ces gens que le temps que je leur demande, m’est si douloureux mais tellement nécessaire.

Mais je sais, qu’inexorablement, le temps sépare les amis, plus qu’autre chose.

Et si ces gens ne comprennent pas ma demande, c’est qu’ils ne méritent pas une seule seconde de plus mon amitié, mon amour, mon attention, mon temps et encore moins mon énergie à construire quoi que ce soit.

Il est 21h10. Passons sur ce sentimentalisme mièvre à faire pleurer un adolescent de 14 ans.

Il est temps que je fige enfin les mots que je n’ai cessé de ruminer depuis ces quelques jours. Peut importe qui me lira. Je le fais pour la postérité.

A dix ans, elle voulait être avocate ou journaliste, parce qu’elle devait admirer ces journalistes que l’on voyait à la télévision couvrant de terribles conflits ou parce qu’elle se disait que Perry Mason était un homme d’une intelligence redoutable et bonne, tout comme ce bon vieux Colombo. Elle rêvait aussi du prince charmant, d’une histoire comme celle d’Arielle, la petite sirène, ou encore comme celle de Fantagaro, la belle cavalière.

Adolescente, elle était encore la petite fille de dix ans. La musique apparue et lui donna un moyen de s’exprimer dans ce petit village de Bretagne, même sans aucun auditeur. Elle aimait tellement le football et supportait avec ferveur son club favori qu’elle en restait éveillée jusqu’à une heure ou deux heure du matin rien que pour regarder l’émission sur la Ligue des Champions qui résumait les matches que Canal + diffusait le mardi soir (elle n’avait évidemment pas cette chaine, ni de magnétoscope). Elle aimait tellement le cinéma qu’elle lisait scrupuleusement Télé Z pour regarder les films qui valaient le cout d’être vus (elle n’avait évidemment pas les moyens d’aller au cinéma).

Devenue étudiante, elle se démena pour réussir ses études qui la mènerait fatalement vers le monde de l’entreprise, tant désiré, parce qu’il pouvait lui donner ce dont elle rêvait : l’argent, la vie sociale qui va avec son statut de cadre, et le bonheur enfin d’avoir pu réaliser quelque chose de grand dans sa vie, ce bonheur d’accomplissement.

Finalement, elle n’est qu’un être dénué de tout intérêt, sans vie sociale, sans argent, et qui consulte parce qu’elle n’est qu’une incapable. Parce qu’elle n’est qu’un semblant de héros de roman russe. Une chose fade, terne, transparente. Elle reste incapable de toucher sa guitare, incapable d’écrire une seule chanson, incapable de commencer à écrire un roman.

Après toutes ces années si difficiles à étudier, à chercher les bons stages, le bon travail, elle récolte enfin le fruit de ces efforts, mérités. Malgré les obstacles qui se sont posés devant elle, à chaque fois elle les a complètement pulvérisé et a grimpé les échelons la tête haute. Elle est cadre dans une grande société. Après une année à travailler dur, à apprendre un nouveau métier, après deux bonnes évaluations, elle semble baisser les bras. Elle est comme enfermée dans une prison, en transit avant la pendaison certaine. Elle sait maintenant. Elle sait que toutes ces dernières années n’ont été qu’une grande comédie qu’elle a elle-même orchestré parce qu’elle voyait briller d’en bas de son échelle la vie de ces bourgeois à qui tout réussi. Elle sait maintenant qu’elle ne pourra jamais avoir ce dont elle a tant rêvé et ce pour quoi elle s’est tant battu. Elle sait maintenant que la réalité va lui prendre le bras et lui demander gentiment de descendre les échelles, non pas une à une, mais d’un seul et grand coup. Elle sait maintenant que ces choses qui brillaient et qui la faisait briller à une époque dorée, n’étaient que des chimères destinées à l’appâter et à la faire souffrir terriblement. Elle a l’impression que la vie lui a promis du caviar et des belles robes mais qu’elle a décidé de lui donner du pâté Dia et des robes Jenifer.

Mais ce qu’elle sait par-dessus tout, c’est qu’elle s’est trompée elle-même. Que la vie l’ait gavée d’illusions, certes, elle peut l’accepter. Mais qu’elle se soit naïvement soumise à ces illusions, elle ne se le pardonnera jamais.

Se raconter à la troisième personne donne un coté dramatique à la chose. C’est un exercice très narcissique plaisant. Que j’arrête ici.

J’ai acheté mes âmes mortes, moi aussi. J’ai voulu tromper le monde, proche ou non. Je n’ai pas vraiment fait de mal aux autres en les trompant, en leur volant (leur temps, leur amitié), en m’achetant un statut (à 21500 euros), en portant de beaux vêtements de la marque qu’il faut, en allant voir un thérapeute (comme c’est si tendance, puisqu’effectivement Ally McBeal et même Carrie Bradshaw en usent). Je me suis fait du mal. Je suis la seule à souffrir. J’en suis au moment où le personnage principale est enfermé en prison, dans son beau costume après avoir jeté sa fierté et le peu de dignité qui lui restait, en suppliant le prince de lui pardonner et de l’épargner. Il est sauvé par une bonne âme. Je ne dois compter que sur mon propre secours. Je sais comment enfin obtenir mon salut : fuir, comme je l’ai toujours fait. La perspective de rester encore une année, à exercer ce métier qui n’en est pas vraiment un, a vivre dans un appartement moche, petit qui me rappelle chaque seconde de mon existence que j’ai raté, cette perspective me donne envie de fuir. Alors, je me prépare, à trois, je saute.

Un, deux…

 

jeudi, 02 avril 2009

Les murs, c'est dur

3h35.

Ma faim de séries américaines pour adolescents et pour femmes célibataires trentenaires est totalement insatiable. Bref, demain, j'ai surement un des derniers rendez-vous avec Madame 80 euros, concours de circonstances puisqu'elle n'est pas disponible avant cet été. Mais je ne suis pas une assistée, et ne l'ai jamais été. Demain, je m'achète finalement un mixeur pour me faire un milk shake, boisson que je n'ai jamais goutée.

Hier, je me suis tapée la tête contre le mur de mon appartement, tellement fort que j'en ai une rangée de bosses qui me font attrocement souffrir. Sans compter la honte que je dois endosser d'avoir poussé le voisin à appeler les pompiers et d'avoir du promettre au jeune pompier surement très beau que je pleurais plus en silence la prochaine fois, entrecoupé de milliards de "je ne suis pas un cas sociale, j'ai le droit d'être triste". La honte me va très bien, surement mieux que les robes que je ne porte jamais et le mascara mauve que je me suis acheté hier, pour qu'enfin PL remarque que je suis "une femme", parce que le mascara noir a été un échec cuisant. Tout ça pour dire que ces bosses ont un effet "garde fou", qui me rappelle la situation inconfortable à laquelle j'ai du faire face, et aux larmes versées pour rien, parce que je m'affole toujours pour rien, parce que je démarre au quart de tour, parce que je suis un être d'une extrême sensibilité qui recherche quelque chose par simple masochisme.

Tout ce romantisme que je m'efforce de mettre en avant, comme une quete sacrée, ce n'est simplement qu'une raison que j'ai concocté pour justifier mon incapabilité à aimer et à accepter d'être aimée. Les choses pourraient être si simples et si douces. Mais il est clair que je préfère m'enfermer dans le passé et les choses romantiques que j'y ai vécu. C'est tellement plus simple de jouer avec son imaginaire. La vraie vie, c'est un mur. Le mien n'a pas de porte. Alors je dois faire plus que les autres, me battre, cogner très fort et crier pour qu'enfin quelque chose se passe. Ces derniers temps, j'avais décidé de ne plus crier, de ne plus me faire entendre, mais de me faire si petite, si transparente que plus personne ne me verrait. Ca a marché. J'ai pris pleine conscience que je ne suis rien, entourée de rien, et que je me bats contre un mur invisible, si ce n'est, celui de mon studio minable. Il y a pourtant une chose de bien. Une seule chose. Ce n'est pas mon travail qui m'a provoqué plus d'une semaine d'arrêt maladie, ni ma vie sociale et amicale inexistante, ni ma vie familiale. Cette chose, je voulais la briser contre ce mur, pour qu'enfin j'ai une raison de me sentir vraiment seule, vraiment abandonnée de tous, de dieu (bah, il n'existe pas vraiment, mais c'est un bon bouc emissaire), de la vie.

Il faut simplement que je trouve un autre emploi, un autre appartement, une autre vie, et tout ira bien, évidemment.

La vie, c'est comme une série américaine pour adolescents, on sait toujours comment un drame se termine.