lundi, 17 août 2009
Où il est question de pouvoir et de moches (surtout de pouvoir et pas de moches)
J’ai toujours voulu être un garçon. Quand j’étais petite fille, mes Barbies avaient des voitures, abusaient de Ken et avaient des relations homosexuelles. Je jouais aux Playmobil. J’excellais aux billes. J’avais une NES d’occasion que ma mère avait achetée à la femme chez qui elle faisait des ménages pour 50 francs, avec le jeu « Tortues Ninja ». Je regardais tous les films de guerre avec mon père, je regardais la Formule Un tous les dimanches après midi. Je restais éveillée le mardi soir jusqu’à une heure pour regarder le résumé sur TF1 des matches de la Champion’s League qui passaient sur Canal +, puisqu’évidemment, nous n’étions pas abonnés à cette chaine. Je collectionnais les images Panini et j’avais réussi à compléter l’OM, qui était mon équipe préférée. Au collège et au lycée, je m’habillais en garçon, avec des marques de garçons, et j’ai toujours fait de grands pas, ce qui me donnait une allure masculine. Je n’ai jamais aimé faire les magasins, je n’aime pas les bébés, je les trouve tous identiques et moches. Et depuis que j’ai gouté aux hommes, je tente de les séduire non pas par ma féminité, ni par ma « fragilité » de femme, mais par mon esprit, par une complicité que je tente d’instaurer en leur parlant comme un bon pote. Depuis trois mois, je m’habille en fille. Je sais que je ne serais jamais sexy, et encore moins vulgaire. J’aurais toujours au fond mon look d’étudiante même dans ma robe Zadig. Ce que je suis par-dessus tout aujourd’hui, c’est une jeune femme indépendante financièrement, et affectivement. Je sais monter mes meubles toute seule, je sais réparer ma machine à laver. Je n’ai pas besoin d’appeler un ami pour débugger mon PC. Je n’ai pas besoin de bras d’hommes pour monter mes packs d’eau au cinquième étage. Si je me sens seule, je n’éprouve pas le besoin de me blottir dans les premiers bras qui passent. Et si j’ai une envie de sexe, je peux la calmer moi-même. Si j’ai envie de romantisme, je vais flâner dans Paris, seule. J’ai le sens de l’orientation et je sais conduire alors que je n’ai pas le permis. Je n’ai pas peur de rentrer à pieds le soir dans Paris.
C’est peut être ça qui est effrayant chez moi. Ce non besoin permanent de l’autre, de l’homme. Et puis le fait que je me sois « faite toute seule ». Au fond, je n’ai pas peur de l’avenir, et de la solitude qu’il me réserve. Tout ce que j’ai, tout ce que je suis, je ne le dois qu’à moi-même et aux amis que j’ai su choisir et auxquels j’ai su prendre le bon qu’ils pouvaient me donner.
J’ai l’impression parfois d’avoir un cœur de pierre, quand j’ai l’impression d’en avoir un, de cœur. J’ai couché avec des mecs comme eux ont couché avec moi. Je n’ai jamais voulu sombrer dans le sentimentalisme, je n’ai jamais voulu révéler mes sentiments parce que les garçons ne le font pas. Je n’ai pas envie de me laisser aller dans les bras d’un homme. Car eux ne le font pas. J’espère toujours être celle qui a le pouvoir, celle qui ne dira pas la première « je t’aime », mais la première qui dirait « je te quitte ».
Je resterai toujours celle que j’ai toujours été : la meilleure actrice dans le film que j’écris.
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