jeudi, 16 avril 2009
Un Demi
23h18. Du sucre.
Trop. "Nothing makes me feel good..."
"Arrêtez de penser pour les autres". Je le sais. Le vrai problème de fond est plutôt Comment arrêter de penser pour les autres. Je n'en ai pas la réponse. Tout comme Pourquoi j'ai fait des choix qui m'ont menés ici et me rendent désormais si malheureuse. Je sais une multitude de choses, de "vérités" me concernant, et puis, j'avoue concernant les autres. Du moins, c'est ce que je pense. Tout ne s'écroule donc pas autour de moi, et en moi. La preuve, j'écoute même de la musique qui donne envie de danser. J'avais arrêté pourtant. Il n'y a toujours pas assez de musique dans mon coeur pour faire danser la vie, mais il en reste.
En tombant sur la photo d'une ancienne collègue russe du MBA, une chose m'a frappée, me concernant évidemment, puisque tout tourne autour de moi ces temps-ci. Elle vit à Berlin, est trilingue, a fait des études brillante, est mariée et semble si heureuse, si belle, si épanouie. Elle a quelque chose d'exceptionnel. Sa beauté ? Son intelligence ? Sa class ? Sa réussite ?
Je n'ai rien d'exceptionnel. Même un ami me l'a dit. Je suis une fille ordinaire, normal. La pire chose que l'on pouvait me dire, j'en ai conscience seulement maintenant. A cet instant. Je n'ai absolument rien d'exceptionnel. Il a raison, et moi aussi. Quoi de plus ordinaire qu'une étudiante en école de commerce qui travaille pour une boite de viande avariée ? Je suis tellement ordinaire que j'en deviens transparente. Et pas besoin de Madame Quatre Vingt Euros pour le découvrir, le comprendre. Cette ordinarité, cette normalité me tue, me blesse, me ronge. Je n'ai jamais eu cette sensation d'être dans le tas. D'être un mouton dans un enclos. Un voyageur de plus à Chatelet les Halles. Je ne l'accepte pas. Et c'est mon droit. Si l'ordinarité et la normalité plaisent à certains, et bien, pas à moi. Je sais, je le sens que je ne vivrais pas très longtemps, et c'est aussi peut être pour cela que je suis dans cette urgence, cette urgence que si je ne le fais pas tout de suite, je ne le ferais jamais. Mon pire cauchemard, et j'en ai pleinement conscience aujourd'hui est que l'on dise le jour de mes funérailles "Konamav, oui, c'était une fille ordinaire". J'en crève déjà rien que de l'envisager. Et si mon entourage pense que je suis ordinaire, normale, alors je ne suis plus rien. Je me suis toujours sentie "à part". Et j'en ai souffert. Mais je souffre davantage d'être un pigeon dans un tas de pigeons qui picorent des miettes de pain dans un square parisien, passivement. Que celui qui me trouve ordinaire me jette la première graine. C'esy peut être le syndrome de l'enfant unique. Mais qui a raison ? Et si j'ai envie que l'on me regarde comme si j'étais différente, spéciale, extraordinaire, cela ne fait pas de moi quelqu'un de malade. C'est peut être ceux qui se forcent à se penser "normaux" qui auraient besoin de consulter.
Pour en revenir à la réalité, j'ai l'impression que les recruteurs me trouvent "ordinaire", avec un profile "moyen". C'est pour cela que mes candidatures n'ont aucune résonance. Face a des élèves de Science Po aux multidudes de stages à l'ONU, ou à un HEC, ou à une collègue russe, je ne suis qu'une salariée ordinaire qui a un diplôme d'une ESC plus qu'ordinaire et modeste, avec un CV de qualité douteuse et une lettre de motivation qui n'en est pas vraiment une. Je ne suis même pas bilingue. Je n'ai aucun talent particulier. Je ne suis pas douée. Je joue très mal de la guitare et mes compositions sont plus que médiocres. Sans compter que je ne suis plus capable aujourd'hui d'en écrire. Mes textes sont de plus en plus sinistres et sans interêt. Je vis sur mon passé, mon glorieux passé. Je suis comme cette ville, Paris, qui a une jolie histoire, qui l'exploite mais qui cultive des prétentions. Comme elle, je ne suis pas à la hauteur de mes ambitions. Je dois partir. Je dois absolument partir. Partir, c'est faire un pas en avant, c'est mettre les deux pieds dans l'extraordinaire. Et si j'ai besoin de fuire quelque chose, c'est bien l'ordinarité de la vie parisienne, et de ses habitants qui se croient tous exceptionnellement cultivés, artistes, corporate. Peut-on me le reprocher ? Je sais ce qui me rendrait heureuse. Mais je crois que je suis condamnée à ne pas l'être et à prendre ,chaque jour du reste des années qui me restent à vivre, le RER, à arpenter les rues qui vomissent les gens et qui puent toutes sortes de pisses.
Ce n'est même pas un soulagement de savoir. J'en suis encore plus frustrée. Comment l'être plus ? La frustration, cette sensation si désagréable, mais qui est la simple manifestation de son propre échec, le reflet parfait de sa médiocrité, c'est-à-dire de sa normalité.
J'ai bataillé toutes ces années de ma jeunesse pour ne plus être "normale", en cultivant le rêve qu'un jour très proche j'allais enfin embrasser, même baiser avec la vie que je me suis toujours imaginée. J'ai fait une prépa moyenne et une école de commerce "bas de classement". J'ai réussi à me faire embaucher dans une "top company", laquelle n'a pas tardé à me faire ressentir que je n'étais pas un de ses meilleurs éléments par une politique salariale plus que douteuse, injuste, inéquitable et injustifiable. Je vis dans un studio que je loue 630 euros, où ma chambre, c'est mon salon, mes chiottes, ma cuisine, au dernier et cinquième étage, sans ascenceur, ayant pour voisine un être qui a oublié ce que la propreté et l'hygiène étaient dès lors qu'elle a aimé les chats, c'est à dire, depuis toujours, offrant généreusement sa baignoire comme litière à ses horribles chats odorants. Aujourd'hui, mon entourage pense que je suis une fille ordinaire, qui travaille et pour laquelle le "métro, boulot, dodo" en devient un vrai mode de vie, voire un leit motiv. Je n'ai aucune passion particulière, mise à part la musique et la littérature, mais tout le monde aime la musique et la littérature. Je n'ai pas de cheval. Je ne suis pas douée en dessin, ni en art photographique. Je ne fait pas de doctorat en économétrie. Je ne suis pas des cours du soir de japonais, ni des cours du Cned, en même temps que mon travail. Je ne suis pas en VIE à Shanghai. Je ne fais pas le déploiement de la solution Machin dans toute l'Europe. Je n'ai pas dédié ma vie à rendre les autres heureux. Je pousse les gens dans le RER comme tout le monde. J'ai une dizaine de sacs, comme une Fille (oui, celle avec un grand F). Je n'ai rien de spécial. Et mon ami avait vraiment raison. J'ai une tendance très forte à penser que les gens que je fréquente sont spéciaux, qu'ils ont quelque chose d'unique, d'extraordinaire, de spécial. C'est pour cela que je les aime. C'est pour cela que je suis fière de les connaitre et de faire parti de leur vie.
Mais alors, merde, puisque je n'ai rien de spécial, que faites vous ? Fuyez. Ou, non, attendez, c'est moi qui vais fuire. Car je suis ce que vous pensez de moi. Je suis ce que vous dites. Je ne peux pas supporter de me voir dans ces yeux la, avec ce que je vois de moi dedans. Fanchie, lui au moins est extraordinaire. Pour mon bien, laissez moi. Pour mon bien, je dois partir. Je dois partir. Je dois partir. Mais je commence à ne plus croire à mes chances. Ni au reste. La vie.
Am I the night ?
Konamav, en transit, pas intestinal.
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Commentaires
pff t'es pas ordinaire pour un sous!
tu as eu le cran de faire ce dont tu avais envie.. meme si au fond tu t'es planté (et c'est toi qui le dit hein!!!!) , tu es intelligentes, cultivée (plus que tu ne le crois!!!) !
Moi je trouve que tu es qq1 de formidable, et pour rien au monde je fuyerais une fille comme toi.... (toi tu aurais plus interet à me fuire car question ordinarité.....(je sais c'est pas le bon mot) je suis bien bien ordinaire!!! ))).
ps: va voir le myspace de bastils, j'ai changé le fond... je sais pas si c'est bien! donne moi ton avis!!
Ecrit par : STEF | samedi, 18 avril 2009
Je pense que j'ai mal exprimé la chose, en fait. Que les gens me pensent extraordinaire ou non, au final, peu m'importe. C'est comment je me vois... Mais merci en tout cas. Mon égo déja surdimensionné apprécie ces marques d'affection.
Ecrit par : konamav | dimanche, 19 avril 2009
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