jeudi, 26 mars 2009

Non, c'est rien

19h10. Après avoir passé 24h à regarder une série sentimentale américaine pour adolescents, je m'apprête à affronter de nouveau la civilisation, sortir pour aller chez PL.

Trois jours d'arrêt maladie, que je tente de savourer, mais que l'approche du lundi gâche. Demain, deuxième rendez-vous avec Mme 80 euros. Je ne sais pas ce que j'attends de ces rencontres d'une demi heure avec un thérapeute, facturées une fortune mais probablement remboursées par la mutuelle de mon travail, cause principale de cette déchéance. C'en est presque marrant. Je reste méfiante tout de même et ne vais pas tomber dans l'addiction. Certes, j'ai quelques problèmes à régler, outre ma phobie sociale, ma déprime persistante et mon aggressivité au travail, sans compter mon mutisme total envers le reste du monde et la perte de confiance en l'humanité. Mis à part tout ça, ce thérapeute m'a dit qu'une analyse ne serait pas à proscrire dans mon cas. Bref, il créé le besoin. Mais comme je reste toujours "une femme inddépendante", je ne serais pas une victime de plus. J'ai envie de voir, d'entendre ce qu'il a à me dire et à m'apporter. En plus, c'est sponsorisé en très très grande partie par ma boite.

La nuit tombe. J'ai le cul vissé à mon convertible Ikea, et je regarde Buffy contre les vampires. Vais-je avoir le courage de le bouger pour me préparer à sortir ? Peut être que je préfère rester dans mes années lycée/prépa à regarder Dawson's Creek et à rêver d'une vie que je n'aurais finalement jamais. Car, oui, j'y suis, je suis précisément à l'age dont je rêvais quand j'avais vingt ans, l'age dans lequel j'avais posé tous mes espoirs d'une vie meilleure, que je devais mériter, enfin.

Finalement, je suis une femme active de 25 ans, sur le point de craquer, qui cherche un emploi en douce mais qui n'y met pas plus d'entrain que pour lever son cul de ce convertible Ikea. Finalement, je suis une femme minable, qui vit dans un appartement minable, avec des fringues minables, et qui a un boulot minable et pas de vie, qui ne sort plus du tout. Du tout.

C'est marrant que ce thérapeute m'ait demandé pourquoi, après avoir vécu une année avec PL, nous n'avions pas emmenagé ensemble. Je lui ai rétorqué, avec ma fierté habituelle, emplie de convictions, que c'était un choix et qu'aucun de nous n'était prêt. Parfois, je me demande si nous seront prêt un jour. Et ce qui me fait le plus frissoner, est-ce qu'un jour je serais prête ? Et si non, a quoi ca sert tout ca ?

La nuit est tombée, le ciel reste gris, je n'ai toujours pas bougé. J'ai toujours aussi froid. J'ai perdu au moins 5 kilos et mon boss a remarqué que mon comportement a changé. Tic, tac. Time goes by. J'ai envie de pisser, ce qui va m'obliger à me lever et à parcourir deux stations de métro, ou pas.

 

samedi, 21 mars 2009

Nécrophylie

- ne pas boire avant 18h

- ne pas sourire

- ne pas rire

- ne pas pleurer

- ne pas manger

- ne pas se maquiller

- ne pas se mettre en valeur au travail

- ne pas faire de blague(s) « corporate »

- ne pas aimer

- ne pas se laisser aimer

- ne pas fréquenter d’autres humains

- ne pas tuer la mouche qui vole depuis ce midi

- ne pas tuer la bouteille de whisky de dégustation

- ne pas tuer la vodka rapportée de pologne

- ne pas entamer la gnole de papy dans mon placard

- ne pas prendre de médicaments

- ne pas mettre le chauffage

- ne pas sortir un jour ensoleillé

- ne pas se laisser aller malgré tout

 

Tout ça pour la sacro-sainte fierté et le regard que l’on pense que les autres pourraient avoir sur moi si…

 

- ne pas baiser

- ne pas séduire

- ne pas boire

- ne pas vomir

- ne pas rire

- ne pas jouer de cette guitare tant désirée

- ne pas faire n’importe quoi

- ne pas agir sans réfléchir

- ne plus voir qui que ce soit

- ne plus avoir le gout de vivre en fait.

 

Tout ça pour crever comme les autres, seule, dans un appartement minuscule, entourée d’une Fender, d’une platine, de belles robes, acquises grâce à l’argent gagnée avec honte.

 

Je dois tenir le coup, car c’est la crise, je ne trouverais pas un autre emploi. Toute mon énergie se consume le matin quand je dois me lever pour aller au travail, toute la journée quand je dois glander devant mon PC en feintant une quelconque activité, et quand je dois vraiment faire quelque chose et rentrer avec mes 2 RER (D&B), en lisant un livre, comme une bonne parisienne.

 

Je meurs. Voyez. La douce et lente déchéance d’une fille jadis enthousiaste, pleine de vie, et ambitieuse. Voyeurs.

Ne me manque plus que le courage pour mettre fin à cette pitoyable vie. Ou la chance, que je n’ai au fond, jamais eu. Ou les amis qui me font vraiment défaut. Un pas et je suis dehors. Un seul pas. Sit down. Stand up.

lundi, 16 mars 2009

Suck me, I am famous

15h45, sur fond de rien et de claviers, de toux, et derrière un volet cachant la magnifique rue ensoleillée de la ZA, je commence à chercher. Personne ne le sait. Mais je cherche à quitter ce monde. Car ce monde n’est pas pour moi. Je cherche donc à fuir ce monde d’ambitieux malsains friqués et vêtus de costumes de marques. Fuir ces « conf-call », « team meeting », « brainstorming qualité », « je rentre à 22h chez moi, comme je suis trop indispensable », « RDV ce soir à l’after work sur les Champs », « file moi ton numéro d’Iphone », « fais moi un feedback sur tes tasks », « dresscode corporate », « Ski en Mars et Plongée en Juin », « tu ne peux pas prendre de congés pendant les 3 prochains mois, c’est le rush », « je te push le mail des minutes du meeting avec le board des US »…

Peut être que le monde de l’entreprise, tout entier n’est pas fait pour moi. Je cherche quand même.

En attendant, j’avoue, je dépérie à vue d’œil. J’ai l’impression que c’est encore une blague, que le temps s’est arrêté et que j’en suis encore en 2005, dans ma petite PME, supervisée par ma Mini-Hitler qui me surveille au moindre écart vestimentaire, de formulation et d’horaires.

Il est temps que ma situation professionnelle change. Je n’ai postulé que pour 3 postes, dont 1 pour lequel il me manquait le diplôme FLE, un autre la connaissance d’une langue et un autre dont l’annonce datait de quelques mois. Sans compter une candidature spontanée pour un organisme à l’étranger mais qui me semble peine perdue.

 

La quête vers le holy job ne fait que commencer. Difficile de s’y mettre quand on se fait sucer par la merde corporate.

mercredi, 04 mars 2009

Trois

C'est le nombre de fois qu'il m'a demandé "Ca va, t'es sur que ça va ?". J'ai fini par lui répondre "en fait, j'ai froid et j'ai mal à l'épaule, mon médecin m'a dit qu'à cause du froid je me contractais et c'est pourquoi j'ai mal à l'épaule". En un souffle, j'ai fini par lui répondre, avec surement mon air de chien battu derrière mon écran, sans le regarder dans les yeux, comme à l'accoutumée.

C'est le nombre de fois que j'ai écouté cette chanson dans la tête et surement le nombre de fois que je vais la passer, en vrai, cette fois.Je vais finir par creuser trop les sillons. Tant pis.

C'est le nombre de personnes qui m'aiment et sont vraiment concernées par la réponse à la question "ça va ?".

C'est le nombre de minutes que j'ai couru aujourd'hui, pour aller chercher le papier, avant la fermeture du laboratoire. Courir, c'est quelque chose que je fais souvent. Le coeur qui bat fort, le souffle coupé, mais une sensation de voler et de glisser entre les gens, a coté des voitures, au dessus de moi.

C'est le nombre de fois que j'ai ignoré mon téléphone qui sonnait. Je deviens affreusement socio-phobique. J'ai peur des gens, j'ai peur d'avoir lu dans leur regard leurs moqueries tournées vers moi. J'ai peur d'ennuyer mes amis, mes collègues. J'ai peur que la voisine me jette la litière de son affreux chat sur moi. J'ai peur de vomir alors je bois moins. J'ai peur qu'en ce moment, je me modère, je deviens "presque raisonnable". J'ai peur que la musique ne soit trop forte. J'ai peur d'aller voir le médecin et lui montrer mon papier. La prudence me tue.

Il est 22h50, j'entame mon deuxième verre de vodka polonaise, mais au moins, celui ci, je ne l'aurais pas fait tombé comme le premier.

 

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