mardi, 17 février 2009

Creuser son propre trou

De Jean-Johnny à Mr P.

Je me souviens avec nostalgie de ce garçon, Jean-Johnny. Il était arrivé en cours d'année, en 5e. J'ai immédiatement jeté mon dévolu sur lui. On a été dans la même classe jusqu'au lycée. On ne s'est jamais vraiment parlé. Mais je l'ai toujours secrètement désiré. Il était ce genre de garçon avec lequel je me voyais bien. Et puis j'ai jeté mon dévolu sur un autre garçon, un été nantais.

J'ai contacté Jean-Johnny, il y a quelques mois. On s'est envoyé quelques emails pour se raconter notre vie depuis le lycée. Rien d'ambigüe. Rien de personnel. Cordial. Et je l'ai revu, dans un bar, avec Jenn et An. On était un peu éméchées. Je n'avais aucune idée à l'esprit en le voyant. Je n'avais établi aucune stratégie, ce qui est plutôt rare. Je voulais voir. Il avait changé, physiquement. Il était devenu beau. Mais je n'ai plus trouvé ce qui m'attirait chez lui. Il y avait toujours son coté mystérieux, qui provient surement de son caractère discret et réservé. Mais il m'a semblé que son intelligence n'avait plus la même saveur. Elle était irritante et dédaigneuse à mon égard. Je percevais dans son regard un jugement. Je sentais qu'il me trouvait ridicule, à gesticuler, à débiter mes conneries. Je sentais qu'il était dans des hauteurs où lui seul se trouvait (je dis hauteurs, j'aurais très bien pu dire bas fonds, cqfd). Je n'ai plus eu de nouvelles. Je me sens en partie soulagée qu'un « mythe » s'écroule. Je me sens soulagée parce que je ne suis pas passée à coté d'un garçon exceptionnel. Je me sens ridicule d'avoir nourrit autant de fantaisies, voire fantasmes, sur un garçon qui n'en valait pas la peine.

Pour ce qui est du Nantais, la chose est différente. Mon dévolu (et ma persévérance) nous a mené à « sortir » ensemble quelques mois. Aujourd'hui, je ne le vois plus, ou presque. Même s'il est, je suppose, encore mon ami. Il y a certaines distances entre nous. Et certaines choses qui me lieront toujours, malgré moi, à ce garçon. Même si ce n'est pas vrai, ou presque, je préfère fermer les yeux sur la médiocrité de notre courte relation et choisis plutôt de faire subsister le romantisme (factice ?) que j'ai nourri pour cette relation et ce garçon que je considère comme un premier amour (sort of, que l’on s’accorde).

Tout cela pour dire, d'une façon détournée, que je suis passionnément romantique. Je ne le montre pas. J'ai toujours considéré que c'est une forme de faiblesse que de clamer ouvertement ce genre de « tare » et de l'assumer en public. Ce genre de déclaration altère mon image de femme indépendante et forte, ennemie de la mièvrerie. Mais c'est dit. Tant pis et slurp.

 

Vapeurs de peintures

Jusqu'où suis-je prête à aller pour ma passion ? Que suis-je prête à payer ou perdre pour réaliser mon rêve ? J'ai tout donné pour arriver jusqu'ici. Mon but était de réussir socialement. Je l'ai atteint. Enfin presque. Et je ne suis pas heureuse. Et je me rends compte que je me suis dévouée pendant toutes ces années, de la prépa jusqu'à aujourd'hui, à un but qui n'était pas le bon pour moi. Et je m'en veux. Je m'en veux d'avoir été éblouie par ceux qui nous rabâchaient que l'on allait être importants dans le monde de l'entreprise, par ces bourgeois que je fréquentais (et fréquente toujours), et je m'en veux de m'être trompée de combat. J'étais tellement révoltée de l'injustice sociale que j’étais forcée de subir, que j'ai fait une classe préparatoire et une école de commerce pour me prouver à moi et aux autres (quels autres ?!), que, contrairement aux 95% des enfants d'ouvriers qui ne poursuivent pas au delà du Bac + 3, moi j'en étais capable, capable de dire « fuck » à la bourgeoisie et la noblesse.

J’ai fait de ma vie un cauchemar. J’ai choisi ce chemin pourtant. J’ai laissé de coté ce que je suis vraiment au fond. Je suis dans ce monde par conventions. Je suis dans ce monde parce que j’ai une vive répulsion pour cette France d’en bas, d’où je viens pourtant, et que je risque de retrouver. Je suis dans ce monde car j’ai peur de revenir de la où je suis partie. Je suis dans ce monde car je n’ai pas confiance en d’autres talents que je pourrais exploiter. Je suis dans ce monde car j'ai peur d'en partir. Je suis dans ce monde, car comme tout le monde, je suis lâche. Trop lâche pour quitter un travail que je n'aime pas, qui ne me ressemble pas et dans lequel je ne parviens toujours pas à m'épanouir, malgré mes tentatives. Trop lâche pour renoncer à un salaire, bien que faible, pour me consacrer à mes passions : la musique et l'écrriture. Alors, en attendant un signe, j'attends. L'attente est toujours douloureuse, mais on trouve son bonheur dans l'espoir d'un changement heureux futur. C'est ça, l'éternelle insatisfaction. Alors autant garder devant soit la chose désirée plutôt que de la consommer. C'est plus exitant, et ça nous fournit un objectif à atteindre. Ou au pire, un objectif dont on peut se vanter, en société, de vouloir l'atteindre. Ca nous donne de la valeur. Et puis ça occupe les longues soirées de nos vies.

Finalement, il n'y a rien qui vaille une bonne paire de claques dans ma gueule.

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